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DEBAT-Les agences de secours forgent des normes
24 Jan 2005
Source: AlertNet
par Ruth Gidley
Des travailleurs humanitaires distribuent de la nourriture depuis un camion après un tremblement de terre qui a frappé l'état de Gujarat, dans l'ouest de l'Inde.
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Des travailleurs humanitaires distribuent de la nourriture depuis un camion après un tremblement de terre qui a frappé l'état de Gujarat, dans l'ouest de l'Inde.
Photo by PAWEL KOPCZYNSKI
En bref: vous gérez un camp de réfugiés et une épidémie de choléra se déclare. Que faites-vous?

C’est le genre de question auquel le manuel Sphère pourrait vous aider à répondre.

Sphère? Qu’est-ce que c’est?

C’est un projet visant à rendre les agences de secours plus professionnelles et responsables dans leur réponse aux désastres.

Vous voulez dire que les agences de secours ont leurs propres lois?

Pas exactement. C’est plutôt une déontologie volontaire et une série de valeurs à l’égard desquelles les organisations peuvent s’engager, mais personne ne vérifie si elles tiennent parole.

Est-ce vraiment nécessaire? Ceux qui font le bien ne peuvent assurément pas se tromper si leur cœur les mène dans la bonne direction...

Parfois, le désir des gens qui veulent répondre généreusement aux désastres peut être mal orienté, il peut même faire plus de mal que de bien. Par exemple, envoyer des vêtements usagés et des médicaments périmés dans le monde entier peut engorger des voies de distribution précieuses, être inapproprié et même carrément insultant.

Et qui n’a jamais vu ces scènes où des agents de secours jettent de l’arrière d’un camion de la nourriture aux foules désespérées ? Non seulement cette méthode fait montre d’un manque de dignité extrême, mais elle est également peu susceptible d’apporter de la nourriture à ceux qui en ont le plus besoin car ce sont probablement ceux qui sont les moins capables de se battre pour avoir leur part. Construire des latrines trop loin des habitations pourrait exposer les femmes et les enfants à un risque de violence sexuelle. Ce ne sont là que quelques exemples.

Au cours de la dernière décennie, il y a eu une importante tentative de professionnalisation du secteur des secours et, tout particulièrement, du monde des secours d’urgence. Les ONG et les agences des Nations Unies essaient de devenir plus responsables. Cela signifie être responsable à l’égard des gouvernements et des bailleurs de fonds qui leur donnent de l’argent pour qu’elles puissent répartir au mieux les ressources. Cela signifie également être responsable à l’égard des gens qu’elles veulent aider, en les consultant sur ce qu’ils veulent et en apportant plus d’attention au respect de la dignité de ceux qui reçoivent les secours.

La tentative la plus éminente qui a été effectuée à ce jour pour atteindre cet objectif est le Projet Sphère.

Vous ne m’avez toujours pas dit ce qu’est Sphère...

Sa partie la plus concrète est un manuel qui contient une charte humanitaire basée sur des principes juridiques internationaux, une série de normes minimales concernant les secours en cas de désastre, des indicateurs permettant de juger si ces normes ont été atteintes et une déontologie régissant le fonctionnement des interventions en cas de désastre. Ce manuel est le « best-seller » des livres sur le développement et les secours distribués par l’ONG britannique Oxfam.

La plupart des agences avaient habituellement leur propre manuel pour ce genre de chose, donc l’une des idées de Sphère était d’en produire un qui puisse être utilisé par tout le monde, étant fondé sur les connaissances et les expériences conjointes de toute une série d’organisations de secours.

Le manuel fournit des listes de contrôle permettant d’évaluer ce qui doit être fait sur les lieux d’une urgence. Il suggère ce qui devrait être pris en compte lorsqu’on décide quels problèmes doivent être traités. Les indicateurs aident à planifier les projets de telle sorte que les ressources puissent être réparties efficacement et le manuel énonce également la manière d’évaluer un programme de secours.

Quelles sont les « normes minimales »?

Il s’agit de conseils techniques en matière de:

  • Eau, assainissement et hygiène
  • Sécurité alimentaire, nutrition et aide alimentaire
  • Abris
  • Santé

    Il y a aussi un chapitre sur les normes applicables à tous les secteurs des secours, afin de prendre en compte les besoins particuliers des groupes plus vulnérables et marginalisés comme les enfants, les personnes âgées, les personnes touchées par le sida et les personnes handicapées.

    Je ne vois toujours pas quelle pourrait être l’utilité pratique de cela...

    Il fournit des outils qui aident les agences de secours à déterminer, entre autres:

  • quelles qualifications seraient utiles chez des candidats souhaitant faire partie du personnel d’un programme alimentaire.
  • la distance qui devrait séparer les habitations des conteneurs de déchets.
  • quelle devrait être la quantité de calories absorbées par une personne recevant une aide alimentaire.
  • quels suppléments de vitamines pourraient sensiblement améliorer la santé publique.
  • ce à quoi il faut penser quand on conçoit des logements pour des personnes vivant sous un climat froid.
  • pourquoi il faut prêter une attention particulière aux besoins des femmes.
  • ce que pourraient être les conséquences écologiques éventuelles d’un désastre.

    Et cette charte, qu’est-ce que c’est?

    Elle repose sur trois principes du droit international:

  • Le droit de vivre dans la dignité
  • La distinction entre combattants et non-combattants
  • Le droit des personnes à ne pas être forcées de revenir dans un lieu qui n’est pas sûr. Dans le langage des droits des réfugiés, on appelle cela le non-refoulement.

    Que dit la déontologie?

    Elle comporte dix points :

  • Les peuples ont droit à l’aide humanitaire.
  • La priorité des secours doit être calculée sur la base des besoins uniquement, sans distinction de race, de religion ou de nationalité.
  • Les secours ne seront pas utilisés pour favoriser un point de vue politique ou religieux.
  • Nous nous efforcerons de ne pas agir comme des instruments de la politique étrangère d’un gouvernement.
  • Nous respecterons les cultures et les coutumes.
  • Nous essaierons de fonder la réponse au désastre sur les capacités locales.
  • Nous trouverons des moyens d’impliquer les bénéficiaires des programmes dans la gestion des secours.
  • Les secours doivent viser à réduire la vulnérabilité aux désastres ultérieurs tout en satisfaisant les besoins de base.
  • Nous nous considérons comme responsables à la fois à l’égard de ceux que nous cherchons à aider et de ceux dont nous acceptons les ressources.
  • Dans nos activités d’information, publicité et annonces, nous reconnaîtrons les victimes des désastres comme étant des êtres humains empreints de dignité et non pas comme des objets sans espoir.

    Est-ce que ce manuel est une sorte de texte sacré, gravé dans la pierre?

    Non. La charte et la déontologie n’ont pas changé mais les normes minimales ont été révisées plusieurs fois après consultation des ONG dans le monde. Le processus de révision du manuel est maintenant terminé et la phase actuelle du projet est prévue pour s’achever en avril 2005.

    Il est encore possible que le manuel soit de nouveau révisé ou mis à jour mais cela ne se produira probablement pas plus d’une fois tous les trois ou quatre ans.

    Et que se passera-t-il ensuite?

    Après les consultations qui se sont déroulées pendant toute l’année 2004, les promoteurs du projet Sphère ont décidé qu’il avait besoin d’un bureau de coordination pour soutenir les personnes qui l’utilisent. Il continuera de fonctionner à partir de Genève en utilisant comme base la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge (IFRC). Ce bureau n’aura qu’un seul agent permanent, financé par les ONG, qui sera chargé de la continuité et du fonctionnement constant du site Internet de Sphère.

    Le bureau de Genève accueillera une réunion vers la fin de l’année 2004 pour rassembler les représentants du Sud travaillant avec Sphère dans leur propre pays.

    Si l’on peut réunir plus de fonds, un ou deux membres du personnel supplémentaires pourraient étendre la portée du site Internet avec une base de données, ce qui rendrait plus facile la recherche de qui fait quoi chez Sphère dans le monde entier et améliorerait les liaisons entre les personnes.

    Qui la régit?

    Personne. A l’origine, il y a eu l’idée d’une sorte de médiateur, mais cela est ensuite devenu le projet Responsabilité humanitaire qui soutient les ONG souhaitant rendre compte de leurs propres opérations.

    Et quels sont les organismes promoteurs de Sphère?

    Le projet a été lancé par l’organisation nord-américaine qui rassemble toutes les ONG, InterAction, et par le Steering Committee for Humanitarian Response (SCHR – comité directeur pour les interventions humanitaires) qui regroupe CARE, Caritas, l’IFRC, le Comité international de la Croix Rouge, la Fédération luthérienne mondiale, Oxfam, Save the Children et le Conseil mondial des églises.

    Le comité directeur comprend des représentants d’InterAction et des ONG qui font partie du SCHR, excepté Médecins sans Frontières (MSF) qui ne fait plus partie de Sphère. Il y a aussi des représentants du Conseil international des organisations bénévoles et de VOICE.

    Beaucoup d’autres ONG utilisent et promeuvent Sphère.

    Dans le cadre de sa nouvelle phase, le conseil d’administration sera composé de représentants du monde entier.

    Y a-t-il d’autres normes que je devrais connaître?

    Il existe un autre code pour guider les personnes utilisant des photographies dans leur publicité. Ce code s’appelle Gemini. Il y a aussi un code destiné aux organisations qui travaillent sur les questions liées au VIH.

    En plus:
  • Talking Point: Aid Agencies hammer out standards (English version)
  • Critics find fault with Sphere standards for relief work
  • New scheme aims to hold agencies accountable
  • NGOs still fail standards on appeal images
  • QUIZ-How well do you know your Sphere standards?

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