| TCHAD Rapport Mensuel sur la Sécurité Alimentaire | Avril 2007 |
La situation alimentaire reste globalement satisfaisante dans l’ensemble du pays. Les disponibilités céréalières existantes après des bonnes productions en 2005/06 et encore en 2006/07 et celles provenant des récoltes de contre saison continuent d’assurer un approvisionnement régulier des principaux marchés. Cette régularité des denrées au niveau des marchés a conduit à une stabilité, voire une légère baisse du prix de la céréale de base assez anormale pendant cette période sur les quatre principaux marchés céréaliers du pays. Cette baisse, cependant, a amélioré les termes d’échange de manière différentielle en faveur de l’éleveur, malgré la baisse assez normale du prix de mouton entre mars et avril 2007. Au niveau de certains ménages des zones déficitaires en céréales, le recours aux céréales complémentaires se complique du fait de l’irrégularité des sources de revenus extra exploitation. En plus, même si elle n’est pas tellement ressenti actuellement, l’insécurité civile réduit les échanges dans la zone d’insécurité – la zone Est du pays. Cette insécurité interrompe surtout les échanges entre le marché principal d’Abéché et les marchés secondaires qui l’approvisionne.
Le pipeline humanitaire continue d’alimenter les entrepôts et des prédispositions sont prises pour pré positionner les besoins en vivres dans les camps de réfugiés avant l’installation de la saison pluvieuse en Mai. En dépit des efforts entrepris par les humanitaires et le gouvernement en faveur des personnes déplacées internes, l’urgence de réponse à leurs besoins alimentaires et non alimentaires face à la persistance de l’insécurité civile suscite des inquiétudes.
La situation sanitaire est marquée par la montée des infections de syndrome ictérique et de la méningite dans le district de Goz Beida.
Calendrier des événements significatifs
Sécurité alimentaire des réfugiés et des populations hôtes
Les disponibilités alimentaires
Les disponibilités céréalières des population hôtes continuent d’être alimentées avec les récoltes de berbéré (la contre-saison) du Salamat, du maïs de contre saison du Lac et, dans une moindre mesure, du blé dans les polder du Lac et les ouadis du Kanem.
Le pipeline des vivres au profit des personnes vulnérables dans les zones d’accueil des réfugiés demeure prometteur. Des prédispositions sont prises pour pré positionner des stocks adéquats dans les camps avant l’installation de la saison pluvieuse, anticipée en Mai.
Dans les zones d’économie alimentaire caractérisées par la transhumance, l’apport alimentaire issu des produits dérivés (lait, beurre) et de la vente du cheptel se réduit assez normalement pendant cette saison, du fait des difficultés d’accès au pâturage et à l’eau qui limite les performances du bétail.
Suivi des zones à risque d’insécurité alimentaire
Situation alimentaire des zones à faible couverture des besoins alimentaires
Les populations vulnérables des départements caractérisés par des économies alimentaires de transhumance, notamment le Kanem, le Batha et, dans une moindre mesure, le Guéra, verront leur pouvoir d'achat se dégrader du fait des faibles performances laitières et bouchères de cheptel dues à la rareté du pâturage et des pénuries d’eau dans ces zones plus ou moins normales pendant cette période de l’année.
Dans le Sud du pays, le retard de paiement de coton, dû aux difficultés financières de la Société Cotonnière du Tchad, pourrait affaiblir le pouvoir d’achat des ménages des zones ayant connu un déficit céréalier suite aux inondations et sécheresses en plein cycle végétatif des cultures pluviales. Ceci réduit leurs possibilités d’accès aux céréales sur le marché et accroît par conséquent leur vulnérabilité alimentaire.
Situation alimentaire des réfugiés dans les camps
Le nombre total des réfugiés soudanais et centrafricains au Tchad est estimé au 31 Mars 2007 à 283 101 personnes. L’assistance alimentaire a touché 251 773 bénéficiaires, dont 223 351 réfugiés soudanais et 28 422 réfugiés centrafricains. Quelques 2000 réfugiés centrafricains et 113 réfugiés soudanais se trouvent en dehors des camps au niveau des deux frontières. La détérioration de la situation sécuritaire le long des frontières avec ces deux pays continue de drainer de façon timide des nouveaux réfugiés. Au premier trimestre 2007, 1544 réfugiés en provenance du Darfour/Soudan ont été enregistrés au camp de Gaga, alors que 1542 réfugiés du Nord de la République Centrafricaine ont été accueillis aux camps de Dosseye et Yaroungou dans le Sud du Tchad. Dans la première quinzaine d’Avril 2007, ce sont 560 réfugiés soudanais et une centaine des réfugiés centrafricains qui ont été enregistrés respectivement à Gaga et Dosseye.
La situation alimentaire des réfugiés dans les camps est globalement satisfaisante. Dans l’Est du pays, les réfugiés soudanais dans les 12 camps reçoivent des rations quasi complètes, avoisinant les 2000 Kcal/personne/jour, et l’on assiste à une maîtrise du calendrier mensuel des distributions.
Dans les camps de réfugiés centrafricains, les rations distribuées conjuguées aux stratégies de survies relativement porteuses rendues possibles par l’environnement socioéconomique et agro climatique favorable, ont permis, à la plupart de ces réfugiés, de s’adapter et subvenir à l’essentiel de leurs besoins nutritionnels. Le défi actuel dans cette zone reste la dotation de ces réfugiés en matériels agricoles, semences et, surtout, lopins de terre avant l’installation de la saison pluvieuse. La dotation moyenne actuelle, de l’ordre d’un hectare/ménage, permettrait de renforcer leurs perspectives alimentaires, mais ne permet pas leur autosuffisance.
Situation alimentaire des personnes déplacées internes (IDPs) et des populations hôtes
La situation alimentaire demeure relativement inquiétante pour les déplacés, estimés à 140 000 personnes, et leurs populations d’accueil. Près de 15 pour cent de ces populations se trouvant dans les zones où le degré élevé d’insécurité limite l’action des agences humanitaires, et ils sont extrêmement vulnérables. Par exemple, dans les zones de Tissi et Adé, les populations font face à l’insécurité générale, aussi bien qu'à l’insécurité associé aux opérations fréquentes des différents groupes rebelles.. Cette vulnérabilité alimentaire est aussi due à l’épuisement des réserves alimentaires emportées et l’irrégularité de l’assistance alimentaire mise en place par les agences humanitaires et le gouvernement tchadien. Les stratégies de survies basées sur la collecte de bois, paille, matériaux ligneux de construction et/ou la prestation du service (main d’œuvre, artisanat) adoptées par les déplacés deviennent de moins en moins porteuses, car, la faiblesse du tissu économique local offre rarement des possibilités de demande solvable et/ou d’emploi. Cette morosité économique limite leurs sources de revenu et partant leur pouvoir d’achat et réduit, par conséquent, leur accessibilité aux denrées alimentaires sur le marché. La précarité de la situation alimentaire est perceptible dans la plupart des ménages des sites visités lors de la mission d’évaluation rapide de la situation alimentaire que le FEWS NET a fait, du 3 au 10 Avril dans les départements de Sila et d’Assounga.
Les déplacés dans la plupart des sites visités dans ces deux départements sont aussi confrontés au problème d’eau potable, en dépit des efforts entrepris par les humanitaires et le gouvernement tchadien en la matière. Des longues files d’attente ont été observées dans le site de Gouroukoune. Quant au site de Goudiang, faute de points d’eau aménagés, les IDPs s’abreuvent à partir des puisards creusés dans le lit du ouadi. La précarité des abris a été également constatée dans la quasi totalité des sites visités, où les IDPs occupant des huttes en paille pourraient être exposées aux intempéries, dès les premières pluies.
Les attaques perpétrées le 31 Mars 2007 sur les villages de Tiero et Marena ont occasionné une centaine de mort et autant des blessés, l’incendie des deux villages et le déplacement de près 9200 personnes accueillies à Aradib, puis transféré à Habilé III. La situation de ces IDPs, sans réserves alimentaires ni autres moyens de subsistance, témoignait de l’état extrême de leur vulnérabilité, ce qui a nécessité une intervention d’urgence de la part des agences humanitaires et du gouvernement tchadien en leur faveur.
Les perspectives alimentaires de ces IDPs demeurent préoccupantes, car, les conditions de leur retour aux terres d’origine ne sont pas réunies du fait de la persistance de l’insécurité, alors que les possibilités d’accès aux terres de cultures pluviales dans les villages d’accueil sont des plus limitées. Dans le Dar Sila, en dépit des possibilités relatives d’accès à la terre, l’insécurité constitue la contrainte majeure d’accès à la terre. Par contre, à Assounga, c’est plutôt le relief accidenté et rocailleux qui offre des faibles possibilités d‘accès à la terre, même aux autochtones. Une dépendance accrue de ces IDPs par rapport à l’assistance alimentaire future est à redouter car la production pluviale qui est la composante clé du dispositif traditionnel de leur sécurité alimentaire pourrait être comprise, suite à ces difficultés d’accès aux terres.
Situation sanitaire et nutritionnelle des zones de conflit
La situation sanitaire est marquée par la montée du syndrome ictérique et de la méningite dans le district sanitaire de Goz Beida. Courant Mars 2007, 80 cas de syndrome ictérique et 14 cas de méningite ont été enregistrés. Pour la première semaine d’Avril 2007, 22 cas de syndrome ictérique et trois cas de méningite ont été enregistrés.
Les enfants des nouveaux déplacés des deux villages Tiero et Marena pourraient être plus vulnérables dans les semaines à venir si leur transfert vers le centre de santé de la zone n’est pas accéléré pour un bon suivi médical et nutritionnel.
Cependant, les dernières distributions des vivres, tout comme la prise en charge des enfants malnutris par les centres nutritionnels thérapeutiques et de supplémentation, pourrait expliquer la relative baisse du taux de malnutrition aigue globale (MAG) au niveau de certains sites suivis par l’ONG COOPI autour de Goz Beida. Ce taux moyen global de MAG est passé de 7.7 pour cent en Janvier 2007 pour 6,1 pour cent en Février 2007 et jusqu’à 5,5 pour cent en Mars 2007.
Perspectives alimentaires et mesures d’atténuation
Face aux difficultés rencontrées dans les zones d’accueil des réfugiés et des personnes déplacées et en lien avec les contraintes spécifiques liées aux difficultés d’accès dans ces zones avec l’installation de la saison pluvieuse, les agences humanitaires et le gouvernement tchadien ont pris des initiatives pour alléger les difficultés des IDPs et leurs hôtes.
Le plan d’urgence à 90 jours prévoit, à travers une approche sectorielle et concertée, des actions coordonnées par les agences humanitaires, ONGs et institutions publiques pour répondre aux besoins urgents de IDPs et leurs hôtes pour la période d’Avril à Juin 2007. Le défi de cette stratégie est de pouvoir mobiliser en temps opportun les contributions relatives à ces différents partenaires avant l’installation de la saison pluvieuse.
Pour plus d’efficacité dans la gestion de l’aide gouvernementale, une réorganisation du Comité National d’Assistances aux personnes déplacées a été opérée, donnant plus d’espace d’implication à la société civile pour plus de transparence. Une enveloppe supplémentaire de 2 milliards de Francs CFA est prévue qui s’ajoutera au reliquat de six cent millions de la première tranche pour venir en assistance aux déplacés et populations hôtes pour la période d’Avril à Juin 2007. Toutefois, le voile autour du statut juridique de ce comité d’assistance rénové – un document juridique expliquant les prérogatives des uns et des autres (qui fait quoi au niveau de l’assistance à travers ce comité) - qui pourrait constituer l’obstacle majeur dans la mise en application des actions.
Prix du marché
| Graphique 1. Prix moyens mensuels du mil sur les 4 principaux marchés du Tchad, Avril 2006 à Avril 2007 Source : SIM. Analyses : FEWS NET Tchad
Graphique 2. Termes d'échanges mouton/mil sur le marché de N’Djamena, Avril 2006 à Avril 2007 Sources: SIM/FEWS NET. Analyses FEWS NET |
Sous l’effet de l'excèdent céréalier décrit par la mission conjointe CILSS/FAO/FEWS NET en février 2007, la disponibilité céréalière au niveau des quatre marchés suivis par FEWS NET continue à bien répondre aux besoins des consommateurs pendant le mois d’avril. Cet approvisionnement, très satisfaisant de certains marchés, se traduit par une tendance à la baisse de prix dans les quatre marchés par rapport à la même période de l'année dernière et à la moyenne des cinq dernières années. La baisse enregistrée est de 4 pour cent à N'Djamena et 2 pour cent à Abéché. Le prix est presque stable à Sarh et Moundou (Graphique 1).
En ce qui concerne la baisse des prix à Abéché, bien que l'insécurité civile perturbe le mouvement des céréales entre les marchés secondaires et celui d'Abéché, cette perturbation des flux est largement masquée par les excédents consécutifs de 2005/06 et 2006/07 au niveau des marchés secondaires et par le niveau important de stock commerçant à Abéché. La baisse actuelle du prix du mil enregistrée sur le marché d'Abéché aurait été plus importante n'eut été l'insécurité civile. Donc, l'effet de l'insécurité n'a pas été réellement ressenti par les ménages pauvres et moyens à cause de la bonne disponibilité dans toute la région depuis 2005/06.
Comme l’ampleur du conflit actuel ne conduit pas à une interruption totale mais plutôt sporadique, surtout interzone, les impacts sur la sécurité alimentaire pour les populations de cette zone si l’insécurité civile actuelle continue jusqu’à la fin des récoltes 2007/08 pourraient être: une forte réduction de la production agricole provenant de près de 30 000 ménages producteurs constitués par les IDPs (140 000 personnes); une réduction non négligeable de la production provenant des populations hôtes de la zone affectée par l'accès réduit aux terres dû à l'insécurité interethnique (Dadjo-Arabe); une faiblesse d'approvisionnement et de stock de principaux marchés de la zone, surtout celui d'Abéché; et un problème d'accessibilité de la population de la zone dû à la cherté des prix et aux stratégies moins porteuses.
Termes d’échanges
Le mois d’avril a connu une baisse simultanée de prix de la céréale de base et de celui du mouton, du fait respectivement des disponibilités céréalières sur le marché et de la perte de l’embonpoint par le mouton suite à la pénurie de pâturage et de l’eau qui est assez normale pendant cette période de l’année.
Le mouton moyen a perdu 3 pour cent de sa valeur par rapport au mois dernier (Graphique 2) et le kilogramme de mil sur le marché de N'Djamena a perdu 4 pour cent de sa valeur. De manière différentielle, le pouvoir d’achat de l’éleveur vendeur de mouton s’est amélioré, car il peut échanger son mouton à 121 Kg de mil en avril 2007 contre 119 Kg en Mars 2007.













